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L'humeur du 23 avril 2021

Qu'il est difficile de prendre des décisions. Nous le faisons tous bien sûr, tous les jours, à la maison, au bureau, en famille, en réunion, avec plus ou moins de réussite, mais volonté.

L'humeur du 23 avril 2021

Qu'il est difficile de prendre des décisions.

Nous le faisons tous bien sûr, tous les jours, à la maison, au bureau, en famille, en réunion, avec plus ou moins de réussite, mais volonté. Parfois avec un peu de fierté, parfois en soumission. Notre quotidien est un enchainement de oui et de non.

Alors forcément, quand on regarde autour de nous et que l'on voit des personnes puissantes, des décideurs, des politiques, des influenceurs, galérer à prendre eux aussi des décisions qui vont impacter des milliers, voir des millions de personnes, on pourrait commencer par être empathiques et compréhensifs. Ou alors, se dire qu'on n'aimerait pas être à leur place. Mais à force de ne pas les comprendre, à force de froncer les sourcils à chaque point presse, à chaque newsletter, à chaque comité, on peut se demander si tous ces gens, qui sont bien mieux formés que nous, sans doute, à la prise de décision, y arrivent. Parce que les ordres contre-ordres, les peut-être bien que oui, les peut-être bien que non, les oui mais j'ai changé d'avis, on le pardonne une fois, deux, peut-être dix, mais l'usure de nos neurones fait un peu insulte à notre intelligence.

Dernièrement, je bondis un peu trop souvent, en colère, à l'écoute des décisions qui sont prises : sur le confinement, déconfinement, reconfinement qui donne l'impression d'un manque de maitrise total de la situation sanitaire de notre pays. Mais plus récemment encore, c'est notre métier, notre secteur, celui de la communication, qui me rend triste et dégoûté. Nos clients, nos amis dans les agences, les patrons, les dircoms, les présidents de comité, d'association, semblent incapables de faire bouger les choses. Cela fait des mois que des scandales à répétition, des situations anormales, des drames se passent dans nos couloirs, nos bureaux, nos écrans d'ordinateurs ou de portables, et pourtant, chacun se rejette la faute quand on demande du concret.

Il va falloir que quelqu'un, tel un messie publicitaire, décide de relever ?

Hier, dans notre émission “On nous a rien demandé”, Thierry, l'un des participants, et fondateur de l'agence EveryOne. a explosé sur la situation des appels d'offres. Parce qu'il parle de sa survie, celle de son agence et des gens qu'il y fait travailler et qu'aujourd'hui, les conditions le font mourir un peu plus à chaque appel d'offres. Le matin même, Bertille Toledano, patronne de BETC, engagée et convaincue, nous expliquait qu'elle souhaitait mettre en place la parité dans son agence, mais que cela prenait du temps pour que cela soit applicable partout, et qu'elle ne pouvait le faire que dans son agence, logiquement. Et pourtant, pourquoi ne pas prendre le lead sur ces débats ? Elle en a la légitimité. Dans la même conférence, organisée par Stratégies, David Leclabart, patron d’Australie.GAD mais également co-président par interim de l’AACC (avec… Bertille Toledano) et que je respecte énormément, devait bien reconnaître l'impossibilité de l'association à “imposer” des règles, des quotas et en appeler à la décision politique et aux législateurs. AACC qui sort à peine de la démission de son ancien président, Laurent Habib pour cause d'accusation de harcèlement (ou blague lourde, au choix).

Alors quoi ? La pub ne sait pas se gérer ? Il faudrait que des tiers, politique, interviennent pour faire en sorte que les appels d'offres arrêtent de ressembler à une boucherie et à une surexploitation du talent des agences, comme le raconte ici Nicolas Levy, le DG de SteveAgency ? Et donc on ne peut rien imposer pour faire en sorte que les managers ou les collègues cessent de harceler en agence ? Que le fameux client tyran dénoncé par Stratégies disparaisse ? Il va falloir attendre que quelqu'un, tel un messie publicitaire, décide se lever en dénonçant et prouvant qu'il est temps que ce monde change, comme les Lionnes ont pu le faire avec le harcèlement en agence ?

Je crois beaucoup à la nouvelle génération. Je l'envie même parfois (malgré ce qu'elle vit pendant cette pandémie). Elle a certes une façon de travailler qui peut nous dérouter : elle ne souhaite plus vivre pour travailler. Mais elle subira assez vite la même pression et les mêmes angoisses si les choses restent comme elles sont. Pire, ce qui était caché hier et connu aujourd'hui continuera à être transmis de président à DG, de directeurs à chefs de département et ainsi de suite. Le mal-être bouffera la créativité, l'engagement, l'envie même. Les annonceurs s'étonneront du peu d'enthousiasme des agences et les agences continueront à détester les acheteurs et maudiront les dircoms qui laissent faire.

Les déclarations d'intention ne suffisent plus.

Alors bougeons. Vous, nous, qui aimons notre métier de communiquant, qui voulons encore trouver des idées, créer, produire, analyser. Qui avons envie de partager, comprendre, s'engager. Bougeons parce qu'il n'est plus acceptable que le constat, global et réaliste, existe et que les choses ne bougent pas parce que personne n'ose faire le premier pas.

Bon courage, à lundi.

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